Dangers du conformisme et implication pour les managers : les leçons à tirer de l’expérience de Asch
Solomon Ash publie en 1951 une expérience qui met en évidence la tendance des individus à se soumettre à l’avis de la majorité plutôt que d’émettre leur propre opinion. Cette expérience est visible ici : http://www.dailymotion.com/video/x2vf3u_asch-experience_tech
Face à une opinion unanime, on peut être tenté de plier par facilité, en renonçant alors à réfléchir, et l’on adhère à l’opinion, en partant du principe qu’ils ne peuvent pas tous avoir tort. Cette attitude est appelée conformisme informationnel. Il sera d’autant plus fort que le groupe qui énonce une opinion est considéré comme fiable (présence d’une ou plusieurs personnes ayant un statut, réel ou supposé, d’expert).
On peut également céder sous le nombre, tout en étant persuadé que le groupe se trompe, mais par refus de s’opposer. La motivation d’un tel renoncement est généralement un souhait d’intégration, car on s’attend à être rejeté si l’on exprime une opinion différente de celle de l’ensemble du groupe. Cette attitude est appelée conformisme normatif.
Le conformisme peut inhiber fortement des collaborateurs, notamment pendant des sessions de brainstorming, ou des moments de libre parole lors de réunions d’équipe. Comme facteur aggravant, on retrouvera le lien hiérarchique, le manque d’ancienneté, et bien sûr, les « grandes gueules », qui peuvent, sans le savoir, décourager de prendre la parole.
Le risque étant de laisser finalement parler toujours les mêmes, et de provoquer d’une part une frustration de la part ce certains qui auraient pu souhaiter s’exprimer, et d’autre part, un appauvrissement de la pensée collective, puisque seul un petit nombre va réellement émettre des idées.
Il n’y a pas de fatalité en la matière, des solutions existent pour réduire ce risque de conformisme. Le premier, évoqué dans l’expérience, consiste à laisser les collaborateurs s’exprimer par écrit. Toutes les situations ne s’y prêtent pas, mais dans les situations de brainstorming notamment, elles permettent de libérer grandement les idées, car elles s’expriment alors anonymement.
Un cas d’école en la matière concerne le développement du Motorola Razer. N’arrivant pas à caser tous les composants dans ce boîtier si petit, le directeur du projet donna congé à son équipe, avec carte blanche pour une idée, sous forme de dessin. C’est finalement un des nouveaux arrivants dans l’équipe et dans le métier qui arriva à l’idée, a priori saugrenue, de caser l’antenne le long d’un des côtés, et non au sommet comme la logique l’aurait voulue, pour des raisons de captation des ondes. Cette solution, qui sera adoptée, n’avait pas été évoquée, et le jeune ingénieur qui l’a conçue n’aurait sans doute pas osé proposer une pareille idée en public, et quand bien même, elle aurait sans doute été écartée rapidement car peu vraisemblable, par les « experts ».
Plus important, il est important que le manager, lors de ces moments d’expression, se retienne de donner un avis définitif et immédiat. « Castré », le collaborateur rentrerait rapidement dans sa coquille et n’en sortira plus, ce qui ne l’empêchera pas de faire preuve d’un esprit critique redoublé mais silencieux, donc contre-productif, à l’encontre des idées ou décisions prises dans ces conditions. Cela vaut aussi pour les autres membres de l’équipe, et il est de la responsabilité du manager qui anime ces réunions d’empêcher toute remarque agressive ou sarcastique.
Le corporatisme professionnel peut également être à l’origine de biais cognitifs inconscients, de préjugés, qui s’ils ont une valeur et une utilité, notamment comme facteurs d’intégration, peuvent limiter la recherche de solutions, donc l’efficacité. Il est donc du devoir de l’entreprise de surveiller les tendances au regroupement des profils identiques (mêmes écoles, mêmes origines géographiques, mêmes classes d’âge…), et de favoriser une mixité capable de limiter ces préjugés.